À VALRAS, FAIRE TRAVAILLER SES ÉLU(E)S DEVIENDRAIT-IL UN SPORT LOCAL ?
Il y a parfois des découvertes qui, mises bout à bout, finissent par poser une vraie question sur une méthode de fonctionnement.
Commençons pour se rafraîchir la mémoire par les paillottes.
En 2024, suite à un appel d'offre, quatre lots de plages privées étaient attribués à Valras. Le plus important, 900 m², revenait à la société SO-ROSE.
Son directeur général ? Laurent Potart, élu municipal, chargé de la vie économique sous l’ancien mandat et aujourd’hui chargé de la gestion du patrimoine communal.
La présidente de SO-ROSE ? Sonia Potart.
Et l’adjointe au maire chargée du budget et des affaires financières ? Sophie Potart.
Voilà les noms. Voilà les fonctions et le casting
Je laisse chacun apprécier les coïncidences.
Et puisque Laurent Potart est désormais chargé du patrimoine communal, reconnaissons au moins une certaine continuité : avec le temps, les paillottes sont peut-être devenues du patrimoine valrassien…
Ce dossier avait d’ailleurs fait son chemin jusque dans le journal municipal de l’été dernier.
Et détail intéressant : ce n’est pas moi qui avais choisi d’y parler des paillottes.
C’est la tribune politique de la majorité, signée par Guillaume Gran, premier adjoint en personne, qui avait choisi d’aborder le sujet pour défendre et expliquer cette attribution.
Chacun aura jugé la pertinence de ces explications.
Mais puisque la majorité avait elle-même estimé nécessaire de s’expliquer publiquement sur les paillottes, c’est bien que le sujet méritait quelques éclaircissements.
Comme disait Harpagon dans L’Avare de Molière : « Qui se sent morveux, qu’il se mouche. »
Je pensais néanmoins que ce genre de situation resterait exceptionnel.
Eh bien, je viens de découvrir un autre dossier qui me pose question.
APRÈS LES PAILLOTTES, LES MARCHÉS ARTISANAUX
Cette fois, je me suis intéressé aux marchés artisanaux de Valras.
Et je découvre que le 27 janvier 2025, la Ville a décidé de confier l’organisation du marché artisanal à l’association Artisan & Producteur de notre Terroir.
La délibération existe : DCM 25/008.
Jusque la, tout va bien, mais qui préside cette association ?
Et qui est aujourd’hui adjointe au maire, officiellement chargée de la vie économique, de l’attractivité du territoire et de la gestion du domaine public ?
Marie-Jeanne Gest. La Ville affiche elle-même ces délégations.
Tiens donc…
En regardant un peu plus loin, je découvre que le bulletin d’inscription des marchés précise également que la sélection des exposants se fait après accord du bureau de l’association.
Et puisqu’on parle d’exposants, il ne manquerait plus que la présidente de l’association, devenue adjointe chargée de la vie économique et du domaine public, soit également elle-même commerçante et exposante sur ces manifestations…
Question à vérifier.
Ce qui est déjà établi dans les publications officielles, en revanche, c’est que Marie-Jeanne Gest est présentée par la Ville comme artisan. Des publications légales ont également enregistré à son nom une activité de commerce de détail notamment exercée sur les marchés et foires.
Cela mérite donc de regarder le dossier d’un peu plus près.
ET LA SÉLECTION PRÉALABLE ?
Une autre question se pose.
Lorsqu’une commune permet l’occupation de son domaine public pour une exploitation économique, le droit prévoit une publicité et une procédure de sélection préalable, avec des règles de transparence et d’impartialité.
Par exemple, le 15 avril 2025 soit environ 3 mois après, le conseil municipal à validé l'occupation du domaine public après avoir lancé un appel d'offre le 17 février pour le petit train touristique moyennant une redevance annuelle de 3600 euros. Dans ce cas, la procédure a été respectée ... alors pourquoi ne pas en avoir fait autant pour les marchés artisanaux ? Même maire, même rapporteur, même conseil municipal mais procédure différente ....
Pourtant j’ai cherché.
À ce jour, je n’ai retrouvé aucune trace de la procédure de sélection préalable qui aurait permis à d’autres organisateurs de se manifester avant que l’organisation du marché soit confiée à cette association.
Cela ne signifie pas qu’elle n’existe pas, mais elle n'est pas mentionnée dans le procés verbal du Coneil Municipal du 27 janvier 2025
Cela signifie simplement que je veux la voir.
Et j’ai donc écrit au maire pour demander les conventions, autorisations, conditions d’occupation du domaine public ainsi que les documents relatifs à l’éventuelle publicité et à la procédure de sélection.
À VALRAS, ON SEMBLE PARFOIS PRENDRE LE PROBLÈME À L’ENVERS
C’est finalement cela qui m’interpelle le plus.
Dans la vie publique, lorsqu’un chef d’entreprise, un commerçant ou un responsable associatif ayant des relations avec une commune devient élu de cette commune, le réflexe attendu est généralement de séparer très clairement les casquettes et de prévenir les conflits d’intérêts.
C’est précisément l’esprit de la Charte de l’élu local, qui a d’ailleurs été remise à tous les élus de Valras lors du conseil d’installation de cette nouvelle mandature. La Ville l’a elle-même rappelé dans son compte rendu.
Or, à Valras, deux dossiers méritent aujourd’hui d’être rapprochés.
Une société dont le directeur général est élu municipal obtient le plus important des quatre lots de plage privée.
Puis :
une association présidée par une élue continue d’organiser des marchés sur le domaine public alors que cette présidente est devenue adjointe chargée précisément de la vie économique et de la gestion du domaine public.
Une fois, on examine un dossier.
Deux fois, on commence légitimement à s’interroger sur une méthode de fonctionnement.
Voilà pourquoi je demande les documents.
Pas des explications de comptoir.
Pas une nouvelle tribune politique.
Les documents.
J’espère que le maire répondra enfin à mes demandes, car le sujet mérite désormais des explications précises et documentées.
Le Directeur général des services était également en copie. J’espère que, dans le cadre de ses responsabilités professionnelles, il veillera à ce que les pièces administratives demandées me soient communiquées.
Après les paillottes, les marchés artisanaux…
À Valras, quelle frontière la municipalité fixe-t-elle entre les responsabilités de ses élus et les activités des structures qu’ils dirigent ?
C’est une question qui mérite une réponse !
ET L’OPPOSITION DE L’ÉPOQUE ?
Il faut également rappeler un élément qui ne manque pas de sel aujourd’hui.
En 2025, ces délibérations ne provoquaient manifestement pas beaucoup d’émoi sur les bancs de l’opposition municipale essentiellement membres du Rassemblement National (Jacques Prax, Cédric Laffont et Christelle Prax) La délibération concernant les marchés artisanaux ainsi que celle des paillottes ont été adoptées à l’unanimité du conseil municipal.
Autrement dit, majorité et opposition ont voté ensemble sans la moindre question !
Il est légitime de rappeler les votes passés lorsque ceux qui soutenaient alors les délibérations municipales critiquent aujourd’hui avec vigueur la gestion de cette même commune. (Les procès-verbaux des conseils municipaux sont publics et la Ville les conserve en ligne)
On peut avoir la mémoire courte en politique. Les délibérations, elles, ont une mémoire écrite intemporelle.
Et pour terminer sur une note un peu plus personnelle, j’espère que cette fâcheuse habitude que j’ai prise de fouiller dans la vie publique valrassienne ne me vaudra pas une seconde visite nocturne.
Entre-temps, rassurez-vous : le périmètre a été sécurisé.









