Présentation de Richard BERTRAND, créateur de Valras Belle et Rebelle



 

 

« Les racines ont des ailes. » Marc Levy

Je suis né à Poissy le 2 juillet 1967,  une cité royale aux portes de Paris, où Saint Louis a vu le jour.
Une ville calme, un peu fière, un peu secrète, où l’histoire se glisse entre les pierres comme une vieille voisine qui passe dire bonjour.

Chez moi, les histoires de famille ne se transmettaient pas avec fracas : elles se devinaient, dans les gestes et dans les silences. Mon grand-père, viticulteur à Cazouls-les-Béziers, était un homme de terre et de patience, mais aussi un homme de confiance. Les habitants l’avaient élu maire du village pendant vingt ans, autant dire toute une génération. Aujourd’hui, une rue porte son nom à Sérignan et un stade à Cazouls. Il n’a jamais couru après les honneurs ; ils sont simplement venus s’asseoir à côté de lui, comme le soleil s’installe sur une vigne mûre. C’est peut-être de là, sans qu’on me l’ait jamais dit, que vient une forme d’atavisme : cette idée tranquille que servir ne se décrète pas, mais se vit.

Mes parents, tous deux fonctionnaires, ont servi l’État avec sérieux. Mon père, ingénieur au ministère de la santé fut aussi maire adjoint en charge de l’environnement à Poissy. Il m’a appris que la rigueur n’empêche pas la bienveillance ; ma mère, greffière adjointe à la cour de cassation de Paris, m’a transmis le goût du mot juste, de la décision réfléchie, et des discussions qu’on ne bâcle pas. Ils ne voulaient pas faire de moi quelqu’un “d’important”. Ils voulaient que je sois quelqu’un de solide. Et c’est un projet d’une exigence rare.

Mes études ont suivi ce chemin : courtes, mais pragmatiques. Un CAP, un BEP de vendeur, puis un diplôme de commerce international à l’Eckerd College de Saint Petersburg, en Floride. Là-bas, j’ai compris qu’on grandit en observant les autres, en tendant la main, en étant curieux. Et que, plus on s’éloigne, plus on mesure la valeur de ce à quoi on tient.

Je suis père de trois filles et grand-père de deux petites-filles. Elles m’ont appris la patience, la douceur, l’importance du temps long. La vie, avec ses révolutions et ses virages, m’a conduit à travers deux divorces ; on y comprend que les cicatrices racontent parfois mieux la vérité que les certitudes.

Aujourd’hui, je partage ma vie avec Blandine : une femme rayonnante, un véritable alter ego, une présence simple, lumineuse, qui éclaire sans jamais chercher à briller pour elle-même. Avec elle, la vie retrouve sa juste mesure.

Voilà d’où je viens. Ce ne sont que quelques lignes, quelques visages, quelques paysages. Mais ce sont mes racines et elles en disent souvent assez pour comprendre le reste.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »  Antoine de Saint-Exupéry

Je ne sais pas exactement quand Valras est devenu plus qu’un lieu de vacances. Probablement très tôt.
Depuis l’enfance, j’y venais chaque été, et souvent à Pâques, comme on revient dans une maison de famille qui ne demande ni clé ni permission. Valras a grandi avec moi, puis je l’ai vue, moi aussi, changer au fil du temps.

Quand j’étais petit, tout était simple, mais rien n’était facile. On attendait la camionnette qui klaxonnait pour livrer les pains de glace, indispensables pour éloigner la chaleur. Et pour boire une eau vraiment potable, il fallait faire une longue marche, l’eau du puits étant saumâtre. Ces gestes du quotidien étaient autant de petites aventures qui façonnaient l’enfance.

Je garde en mémoire les longues soirées d’été, où j’entendais rire mes parents et mes grands-parents autour de grandes tablées. Les histoires se mêlaient au bruit des verres, aux éclats de voix, au souffle tiède de la mer. C’était une lumière douce, une musique familière.

En rentrant de la plage, je mangeais du raisin en regardant les joueurs de pétanque, avec leur calme, leurs plaisanteries, et parfois, comme un moment suspendu, la présence d’Armand Vaquerin venu jouer avec les voisins.

Je me souviens des soirées au cinéma en plein air, dans un théâtre de béton, assis sur des sièges en métal rouillé aujourd'hui devenu la résidence Hollywood. Il y faisait froid à la fin du film, un froid marin qui se glissait entre les vêtements, mais qui faisait partie du charme.

Il y avait aussi la fête foraine, en réalité trois au fil des années, mais une seule a traversé le temps.
C’est là que j’ai goûté mes premières gaufres au Nutella, brûlantes et presque trop bonnes.
Plus tard, j’y ai accompagné mes filles, souvent sur les mêmes manèges, comme si le temps avait accepté de ne pas passer trop vite.

Avec les copains du camping Clos Marin, on “attaquait” le petit train touristique au pistolet à eau.
Un jour, cette innocente bataille s’est retrouvée dans Le Midi Libre, ce qui nous a valu une célébrité estivale.

Puis vinrent les premiers pas dans la nuit : l’Œil, le Minou’s, l’assurance un peu maladroite, les musiques trop fortes, les rêves trop grands. Et les agua lemon de chez Llorens, cette citronade dont la recette semble avoir été emportée avec les étés.

Je revois aussi les pêcheurs tirant leurs filets tôt le matin, dans cette lumière pâle qui n’appartient qu’à l’aube. Et les virées en vélo love, où l’on passait plus de temps à réparer un pneu crevé qu’à avancer, parce qu’on roulait n’importe comment et qu’on ne voulait surtout pas perdre la caution.

Au fond, on ne peut pas dire que Valras soit une station “belle” au premier regard. Je n’ai jamais eu un ami qui s’y soit rendu pour la première fois et qui ait été subjugué par sa beauté. Mais moi, je la trouve belle, peut-être plus belle que bien des endroits admirés dans les guides, parce que j’y ai des souvenirs partout. Parce qu’ici, chaque rue, chaque plage, chaque coin d’ombre raconte un morceau de ma vie.

Cinquante-huit étés. Certains longs comme des chapitres, d’autres plus courts parce qu’à vingt ans, on veut découvrir le monde. Mais je suis toujours revenu. Pour recharger les batteries, retrouver une énergie qui n’existe qu’ici, me ressourcer, tout simplement.

Aujourd’hui encore, il me suffit d’une odeur, d’une lumière, d’une façade pour que le passé revienne.
Valras n’a jamais été un décor. C’est un fil qui me relie à ce que j’ai de plus vrai.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Mark Twain

À vingt ans, j’étais comme beaucoup de jeunes : plein d’envies, pas encore de certitudes, et surtout peu de diplômes pour me “placer” dans une entreprise. Un soir, autour de la table familiale, j’ai demandé à mes parents ce qu’ils pensaient de mon avenir. Ils m’ont écouté attentivement, sans jugement. Puis ils m'ont dit, calmement : « Plutôt que d’aller vendre pour les autres, pourquoi ne monterais-tu pas ta propre société ? Tu habites chez nous, tu n’as pas de charges. Si tu veux, on t’aide pour le capital. Vas-y, fonce. »

Ce “vas-y, fonce” a changé ma vie. Mes parents ont toujours cru en moi parfois plus que moi-même.
Alors j’ai foncé.

J’ai monté ma première entreprise sans grande théorie, mais avec beaucoup d’envie. J’ai rapidement pris mes premiers bureaux, embauché mes premiers salariés, appris à lire un bilan, à mener un rendez-vous, à me relever quand je tombais. Et, au fil des années, j’ai créé de nombreuses sociétés, dans des domaines aussi variés que la publicité, internet, le spectacle, l’hôtellerie…

Certaines ont très bien marché. D’autres moins mais c’est la règle du jeu, quand on entreprend vraiment.
Et puis il y a eu le Covid, qui a été fatal à plusieurs de mes activités, comme pour tant d’entrepreneurs qui n’avaient pourtant rien à se reprocher. Mais j’ai toujours préféré l’élan à l’attente, et la reconstruction à la résignation.

En parallèle, j’ai voulu rassembler, transmettre, créer du lien. J’ai fondé une première association de jeunes chefs d’entreprise, pour les moins de trente ans, en partenariat avec de grandes institutions comme PSA ou la Chambre de commerce. Puis une autre, pour ceux qui avancaient sans baccalauréat.
Pas pour célébrer “l’échec scolaire”, mais pour montrer qu’un parcours atypique peut devenir une force.
Nos parrains s’appelaient Pierre Cardin, Bernard Tapie, ou encore René Monory, alors président du Sénat. Autant dire que la vie, parfois, vous ouvre des portes auxquelles vous n’auriez jamais osé frapper.

Pendant treize ans, j’ai crée et organisé un festival qui a accueilli des artistes prestigieux :
Jimmy Cliff, Serge Lama, Michel Legrand, Jamel Debbouze, Michel Petrucciani, Louis Bertignac, Dany Brillant, Gilbert Bécaud, Corneille, Tonton David, Kassav, Elie Semoun, et tant d’autres encore. Un festival, c’est un pari renouvelé chaque année, un mélange de stress, d’amitié, de joie et de logistique improbable.

En parallèle, je me suis investi dans d’autres domaines, par envie de comprendre, d’aider, de m’impliquer :

* Rotary club,

* Juge au Tribunal de commerce de Versailles,

* Vice-président du MEDEF des Yvelines,

* Délégué consulaire à la Chambre de commerce et d’industrie.

* Président d'une Société d'Economie mixte

* Visiteur de prison

Chaque engagement m’a appris quelque chose : la valeur de la parole donnée, l’importance de l’écoute, la force d’un collectif.

Aujourd’hui, je cultive deux passions qui m’accompagnent depuis longtemps.
La première, c’est l’immobilier : acheter, rénover, imaginer des lieux, créer des concepts. J’aime donner une nouvelle vie aux bâtiments.
La seconde, c’est la musique. J’ai commencé le piano à cinq ans, et je continue aujourd’hui à composer, aidé par les instruments modernes et les logiciels d’intelligence artificielle. Je suis devenu membre de la SACEM, et mes compositions notamment Valras Beach sont disponibles sur toutes les plateformes sous le nom Los Bebos

Mon parcours n’a rien de linéaire. Il ne suit pas une ligne droite, mais une suite d’envies, d’efforts, d’erreurs, de recommencements et surtout de rencontres. C’est peut-être cela, au fond, entreprendre : aller, essayer, apprendre, avancer et ne jamais cesser.

« La politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. » Jacques Chirac

Je n’avais pas pensé faire de la politique. À quarante ans, j’avais déjà une vie bien remplie, et la République n’était pas dans mes projets. Puis, en 2007, j’ai entendu un discours qui m’a interpellé, celui de François Bayrou qui disait que "pour fonctionner un cerveau à besoin de ses deux émisphères sinon c'est l'hemiplegie" (il faisait référence à une vision de la politique ou il fallait cesser d'opposer des camps mais rassembler sur des idées et des compétences) . Par curiosité plus que par ambition, je lui ai envoyé un mail. Je m’attendais vaguement à une réponse automatique, ou à l’un de ses collaborateurs.

Mais quelques jours plus tard, c’est lui-même qui m’a répondu. Et il m’a donné rendez-vous.
Je me suis présenté dans son bureau, un peu surpris, un peu intimidé, certain qu’on allait m’annoncer une erreur. Non : il m’attendait vraiment.

Nous avons parlé. Je lui ai expliqué mes envies, mon parcours, cette idée simple que l’engagement citoyen ne devrait pas être réservé à ceux qui savent déjà. Il m’a écouté avec attention, puis m’a dit qu’une élection législative approchait dans ma circonscription. Et qu’il était prêt à m’investir.

J’ai accepté, avec l’enthousiasme et l’inconscience qu’il faut parfois pour se lancer.
Quelques semaines plus tard, j’ai appris que l’UMP avait choisi d’envoyer David Douillet en face de moi. Flatteur, certes. Terrifiant aussi.

Sur les marchés, mes soutiens distribuaient les tracts… puis, lorsqu’ils voyaient Douillet passer, ils allaient se faire photographier avec lui, ravis, avant de revenir distribuer nos documents comme si de rien n’était. C’est ce jour-là que j’ai compris que, pour cette campagne, je partais avec un handicap certain. Son directeur de campagne s’appelait Gérald Darmanin , un détail qui, avec le recul, donne une petite couleur à l’histoire.

La même année, j’ai aussi participé activement à la campagne présidentielle, au sein de l’équipe rapprochée. Cette campagne-là, celle qui créera tant de remous et vaudra plus tard une condamnation à Nicolas Sarkozy, a été pour moi une véritable école de la politique. J’y ai côtoyé des ministres, des sénateurs, des députés, tous les candidats à la présidence, et j’y ai appris comment se construit un discours, une stratégie, une soirée électorale. C’est aussi là que s’est forgé mon premier carnet d’adresses politique, qui m’a longtemps servi de bibliothèque humaine.

Plus tard, j’ai monté une liste municipale à Poissy, sans étiquette, simplement pour éviter qu’un élu condamné pour corruption ne puisse se représenter. Une démarche citoyenne, peut-être un peu naïve, mais sincère. Je suis devenu maire adjoint en charge du développement économique et du tourisme de Poissy, une ville de 40 000 habitants, qui abritait alors le siège social de PSA, les parfums Rochas, et toute une vie économique dense qu’il fallait accompagner. Ces années-là m’ont appris comment fonctionne une administration, comment on parle à une entreprise, comment on construit un projet local qui tient debout.

Elles m’ont surtout appris qu’en politique, il n’y a pas de certitude. Seulement des raisons d’agir, et la volonté de les suivre.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. » Winston Churchill

Quand les enfants de Blandine et les miens ont quitté le nid familial, nous nous sommes dit que la région parisienne n’était plus faite pour nous. Le rythme, la densité, les kilomètres alignés derrière le pare-brise… Tout cela avait perdu son sens. Alors, il y a un peu plus de trois ans, nous avons décidé de reprendre notre vie autrement, ailleurs, plus simplement.

Le choix s’est imposé sans que nous ayons vraiment à en discuter : le Sud, la lumière, le chant du vent, et Valras ce village qui avait accompagné toute mon enfance. Nous avons acheté quelques biens à rénover, posé nos valises, et commencé cette nouvelle étape avec une joie tranquille, presque naïve.
Pour nous, Valras était encore l’image douce des vacances : le sable chaud, la mer, les souvenirs.

Mais lorsqu’on vit un endroit à l’année, on découvre ce que la saison cache. Les ruelles, les services, l’état des lieux, l’organisation, la propreté, les équipements… Peu à peu, la jolie carte postale s’est décolorée.

C’était comme entrer dans les cuisines d’un restaurant que l’on a toujours adoré. Devant, tout est charmant. Derrière, on découvre des choses abîmées, des normes oubliées, des machines fatiguées, une forme de laisser-aller qui finit par peser.

Nous en parlions avec des amis valrassiens. Ils haussaient les épaules : « Vous savez… c’est comme ça. Rien ne va très bien, mais personne ne veut bouger. »

Cette phrase, cette résignation douce, m’a frappé. J’avais déjà entendu cela ailleurs, trop souvent. Et chaque fois, la même question revenait : Pourquoi faudrait-il se contenter de subir ?

Un soir, presque sans y réfléchir, j’ai dit à Blandine : « Si j’y vais… tu es là ? Ça ne te dérange pas ? »

Parce qu’une aventure politique ne se mène jamais seul. On peut avoir des convictions, de l’énergie, du courage… mais si la personne avec laquelle on partage sa vie n’est pas d’accord, rien n’est possible.

Elle m’a regardé et m’a dit simplement : « Si tu as envie, fais-le. Je serai toujours là. »

Cette phrase a tout changé. Elle ne parlait ni d’ambition, ni de stratégie. Elle parlait de soutien, de confiance, de cette solidité discrète qui permet de se lancer.

Alors j’ai dit à mes amis, à ceux qui se résignaient : « Plutôt que de critiquer, faisons-le. Allons-y. »

C’est ainsi qu’est née l’idée de Valras Belle et Rebelle. D’un attachement sincère à ce village,
d’un refus de voir les choses s’abîmer, et d’une conviction simple : on peut changer beaucoup quand on le fait ensemble, avec honnêteté, sans grandiloquence et sans peur.







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