La fête de la Saint Pierre : 3 jours de gloire, 362 jours d'oubli !
De nombreux ports célèbrent la Saint-Pierre.
Cette tradition rend hommage à Simon-Pierre, pêcheur de Galilée devenu l'un des douze apôtres de Jésus. Parce qu'il était pêcheur avant d'être apôtre, il est devenu au fil des siècles le saint patron des pêcheurs et des marins. Dans tous les ports de Méditerranée, cette fête est l'occasion de bénir les bateaux, de se souvenir des disparus en mer et de remercier ceux qui vivent encore de cette profession exigeante.
À Sète, cette tradition prend tout son sens. Depuis 1955, la ville organise une grande fête de la Saint-Pierre qui rassemble toute la communauté maritime. Cette célébration repose sur une réalité. Sète possède encore une importante flotte de pêche, une criée, des quais vivants et des familles qui continuent de vivre de la mer. La fête est le prolongement naturel d'une activité qui existe toute l'année.
À Valras-Plage, le contraste est saisissant.
Notre village est né de la pêche. Les premiers habitants étaient des pêcheurs. Ce sont eux qui ont construit l'identité de Valras avant même son développement touristique. Pourtant, aujourd'hui, cette activité est devenue presque invisible.
Les quelques pêcheurs qui exercent encore leur métier n'occupent plus le cœur du port. Ils ont été déplacés à plusieurs centaines de mètres, dans une rue à sens unique, loin des regards et loin de l'animation. Les visiteurs qui découvrent Valras peuvent repartir sans même savoir que des pêcheurs y travaillent encore. Dans un village qui revendique son histoire maritime, il est même impossible d'acheter directement du poisson sur le port.
Puis arrive le dernier week-end de juin.
Pendant trois jours, les pêcheurs retrouvent soudainement le devant de la scène. Les discours célèbrent leur courage. Les cérémonies rappellent leurs traditions. Un feu d'artifice illumine le ciel. Un DJ clôt les festivités.
Puis tout s'arrête.
Les pêcheurs retournent dans leur rue discrète. Le port retrouve son fonctionnement habituel. Jusqu'à l'année suivante.
Cet hommage laisse un sentiment paradoxal.
Une collectivité démontre son attachement à son histoire par les décisions qu'elle prend, pas uniquement par les cérémonies qu'elle organise.
Les symboles sont importants, mais ils ne remplacent jamais les actes.
Il existe pourtant des gestes simples qui auraient une portée bien plus forte.
Le port de Valras-Plage ne porte aujourd'hui aucun nom. Pourquoi ne pas lui donner celui d'un ancien pêcheur valrassien ayant marqué l'histoire de la commune ? Ce serait un hommage permanent, visible chaque jour de l'année, et non quelques heures au mois de juin.
Pourquoi ne pas faciliter la vente directe du poisson sur le port, afin que les habitants et les touristes puissent retrouver ce lien entre la mer et leur assiette ?
Pourquoi ne pas remettre davantage les pêcheurs au cœur de la vie portuaire, là où ils ont toujours eu leur place ?
Ce sont ces décisions qui donnent du sens à une tradition.
Une fête dure trois jours.
Un nom de port traverse les générations.
Un feu d'artifice disparaît en quelques minutes.
Une politique municipale laisse une empreinte pendant des décennies.
Si Valras veut continuer à célébrer ses pêcheurs, alors le plus bel hommage ne se trouvera pas dans le programme des festivités.
Il se trouvera dans les choix faits les trois cent soixante-deux autres jours de l'année.



