La fable du Coq vantard et de la Mouette rebelle


Dans toutes les villes de France, c’est une tradition bien huilée, presque aussi incontournable que le marché du dimanche ou le mot du maire en première page : on réserve un petit coin du journal municipal à l’opposition.

Un espace d’expression démocratique, noble dans l’intention… et souvent assez savoureux dans le résultat.

Car soyons honnêtes : cette fameuse rubrique, dite “tribune libre”, est un peu comme ces tiroirs dont on ne se sert jamais. On sait qu’ils existent, on respecte leur présence… mais on oublie souvent de les ouvrir.

Et pourtant, ici, le raffinement démocratique atteint des sommets : l’espace est soigneusement découpé en trois parts égales.

Un tiers pour le Rassemblement National,
un tiers pour nous,
et subtilité délicieuse, un tiers pour l’équipe du maire.

Oui, vous avez bien lu.
L’équipe municipale, déjà omniprésente dans le reste du journal (photos, éditos, inaugurations, sourires en série) dispose également de sa petite tribune. Sans doute parce qu’après avoir occupé tout l’espace… il restait encore quelques lignes à conquérir pour exister pleinement.

Il fallait y penser !

Le résultat est à la hauteur : une rubrique souvent polémique, parfois stérile, où chacun parle, mais où peu écoutent.

Un théâtre sans spectateurs, ou presque.

Alors, plutôt que de vous parler une énième fois de la pluie, du beau temps, ou de débats qui passionnent surtout ceux qui les écrivent… nous avons décidé de prendre un autre chemin.

Puisqu’il s’agit d’une rubrique un peu à part, nous avons choisi de lui donner la forme qu’elle mérite : celle d’une fable.

Oui, une fable.

Parce qu’au fond, quoi de mieux qu’un récit imagé, avec ses animaux bavards et ses morales à peine voilées, pour raconter les petites comédies humaines de la vie publique ?

À chaque parution, vous trouverez donc ici une courte fable.

Ni morale pesante, ni querelle inutile. Juste un miroir, parfois tendre, parfois piquant, de nos travers collectifs.

Et si, par hasard, quelqu’un se reconnaît entre un coq trop fier, une mouette trop bavarde ou un paon un peu envahissant… qu’il se rassure : ce n’est sûrement qu’une coïncidence.... Ou presque. 

Voilà la fable 

La fable du Coq vantard et de la Mouette rebelle
En un village au bord de mer,
Où l’on vient plus pour l’air que pour ses pairs,
Un Coq perché, sûr de son charme,
Se croyait maître… et sans alarme.
"Voyez, disait-il plein d’entrain,
Si l’on vient ici, c’est bien pour moi enfin !
Mon accueil, mon art de régner,
Font les foules se rassembler"
Et, perché haut sur son clocher,
Il aimait fort s’écouter parler,
Prenant chaque rire, chaque regard,
Pour un hommage à son pouvoir.
Moi, Mouette belle et rebelle,
J’œuvrais sans bruit, mais bien réelle.
Et c’est par mon vol déterminé
Que le village a pu entrer
Dans ce grand cercle nommé l’Agglo,
Où voguent ensemble maints bateaux.
Mais lors d’un festin bien garni,
Où trônait un gâteau choisi,
Le Coq, entouré de ses poules,
Et de sa basse-cour qui roucoulent,
Se servit large… sans mystère.
Moi, restée là, simple vigie,
Je n’eus droit qu’aux miettes choisies.
"Point n’est besoin, dit le Coq fier,
D’aider ceux qui doutent et éclairent ;
Qu’ils observent et qu’ils se taisent,
C’est déjà là faveur bien aise"
Pendant ce temps, sur le rivage,
Vivaient bien d’autres, sans tapage :
Poissons, animaux de la terre et des cieux…
Mais le Coq, peu curieux d’eux,
N’avait d’yeux que pour ses poules,
Et sa basse-cour qui roucoule.
Nulle veille pour ces vivants,
Mais, en revanche, fort promptement,
Il créa poste bien choisi :
Un appui pour ses choix… à lui.
"Coq, ne te prends point pour Chanteclerc,
Ni pour l’attrait de ce bord de mer.
Si l’on vient ici chaque été,
C’est pour la plage… et la clarté.
Mais si tu veux faire grandir
Ce village que l’on doit chérir,
Je serai là, sans faux combat :
Proposer d’abord, crois-moi.
Mais si l’écoute vient à manquer…
Je saurai aussi me dresser"
Le Coq, pourtant, gonfla le torse,
Sûr de lui… ignorant l’amorce.
Moralité :
À trop chanter qu’il est le roi,
Le Coq oublie pourquoi il est la,
Et la Mouette, quand on l’agace,
Lui volera dans les plumes… et le remettra à sa place.
Richard BERTRAND
Valras Belle et Rebelle


 

Articles les plus consultés