La pieuvre du midi ou comment se prendre dans ses tentacules !

 


La Pieuvre du midi, ou comment se prendre dans ses tentacules

On vous adore.
Vraiment.

Parce que vous êtes d’une constance presque rassurante. Il suffit de vous chatouiller un peu et, comme prévu, la réaction arrive. Cette fois-ci, c’est une pleine page. Rien que ça. Avouons-le : on n’espérait pas autant d’enthousiasme.

Ce qui rend l’exercice savoureux, c’est l’indignation affichée face à notre utilisation de l’intelligence artificielle. Voilà donc le grand scandale : nous utilisons l’IA. Comme un outil. Assumé. Visible. Revendiqué. Elle nous aide à illustrer des idées que nous portons nous-mêmes. Elle ne pense pas à notre place, elle n’enquête pas pour nous, elle ne décide de rien.

Pendant ce temps-là, votre méthode semble reposer sur un autre outil, tout aussi technologique mais nettement plus ancien : Google. Car rappelons-le, vous étiez invités à notre conférence de presse du 11 décembre. Vous n’êtes pas venus. Vous n’avez posé aucune question. Vous n’avez demandé aucun entretien. Vous n’avez cherché aucun échange. En revanche, vous avez cherché. Beaucoup. Longtemps. Mais uniquement là où cela confortait un angle déjà écrit.

La différence est pourtant essentielle. Nous utilisons l’IA comme un support, un assistant. Vous utilisez un moteur de recherche comme une source. L’intelligence artificielle propose, l’humain tranche. Google, lui, classe. Et visiblement, vous avez pris le classement pour une enquête. Ce n’est pas du journalisme d’investigation, c’est du journalisme de navigation.

Il faut cependant reconnaître une chose : vous avez passé du temps. Vous êtes allés chercher loin, très loin même. Mais toujours dans la même direction. Celle du négatif. Le reste ne semblait pas exister. La nuance n’était pas utile. Le contexte était accessoire. L’objectif était clair : écrire un article à charge. Le problème, c’est qu’à force de vouloir démontrer, on finit parfois par affirmer un peu vite.

Car certaines informations publiées dépassent largement le cadre de la satire ou de l’opinion. Elles relèvent de la diffamation publique. Et là, on quitte l’ironie pour entrer dans le droit. En tant que journalistes, vous avez une obligation simple : vérifier une information avant de la publier. D’autant plus que, comme vous le rappelez vous-mêmes dans vos colonnes, il est très facile de nous joindre. La question est donc évidente : pourquoi ne pas l’avoir fait ?

Ironiquement, en nous consacrant une pleine page, vous contribuez peut-être à un autre objectif : faire vivre votre journal. Chez les buralistes qui le proposent, il se vend en moyenne deux ou trois exemplaires les semaines de fêtes. Si notre nom peut aider à en écouler quelques-uns de plus, tant mieux. 

Nous avons d’ailleurs adressé un mail à votre "rédacteur" en chef hier pour lui signaler les erreurs et les approximations, sans animosité particulière. Avec une certaine philosophie même. Comme disait l’autre : "qu’on parle de nous en bien ou en mal, l’essentiel est qu’on en parle."

Pour autant, soyons clairs : la prochaine diffamation publique ne se réglera pas par un échange d’articles. Le rendez-vous se fera devant les tribunaux.

Nous aurions pu republier votre article. Le relayer, le commenter, lui offrir une seconde vie sur nos réseaux. Mais nous avons fait un autre choix. Nous ne publierons pas votre article. Nous préférons inviter celles et ceux que cela amuse, intrigue ou intéresse à aller se procurer directement votre hebdomadaire, sorti hier. C’est une façon d’aider l’économie locale, de soutenir la "presse" indépendante et, accessoirement, de vous donner un petit coup de main.

On n’est pas rancuniers.

Après tout, chacun fait avec ses outils.
Nous, on assume les nôtres.
Vous, vous avez Google.

 


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