Une fois l'émotion passée, nous oublions trop vite !

 


13 novembre 2015 ,  La nuit où nos vies ont basculé

Il y a des dates qui ne s’effacent jamais. Elles s’écrivent en noir dans l’histoire, mais en rouge dans nos cœurs.

11 septembre 2001, New York : deux avions, deux tours, et le monde entier qui regarde l’impensable s’effondrer en direct.
11 mars 2004, Madrid : les trains explosent à l’heure où la ville se réveille.
7 juillet 2005, Londres : le métro et les bus deviennent des pièges.
7 janvier 2015, Paris : Charlie Hebdo, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, et ceux qui étaient là par hasard parce que personne ne devrait mourir pour un dessin.
9 janvier 2015, Hyper Cacher : d’autres vies fauchées parce qu’elles étaient juives.

Et puis, 13 novembre 2015. La nuit où l’horreur est revenue frapper la France avec une violence qui dépasse l’imagination.

Ce soir-là, nous avons tous vacillé. Dans les stades, dans les terrasses, dans la salle du Bataclan devenue un piège tragique, des vies ont été interrompues en plein rire, en plein concert, en plein instant de joie.

Mais au milieu du chaos, quelque chose d’immense est né : une solidarité que l’on ne voit qu’aux heures sombres.

Les portes se sont ouvertes pour des inconnus.Des files immenses se sont formées pour donner son sang. Les messages « En sécurité » ont circulé, les taxis ont transporté gratuitement, les regards se sont adoucis, les disputes se sont tues. Pendant quelques heures, quelques jours peut-être, nous avons été un peuple uni, sans distinction d’origine, de croyance ou d’opinion.

Et pourtant…

C’est là que réside notre plus grande tristesse : cet élan magnifique n’a pas survécu au retour du quotidien.

Cette fraternité née dans la douleur s’est éteinte dès que la peur s’est dissipée. Les tensions sont revenues. Les divisions ont repris leur place. Les voix se sont élevées de nouveau pour opposer, catégoriser, accuser. Comme si la solidarité n’était qu’une parenthèse, un réflexe d’urgence. Comme si nous n’étions capables du meilleur que lorsque le pire frappe à nos portes.

Le plus terrible, c’est qu’il semble falloir des drames gigantesques pour que l’on se rappelle que nous avons besoin les uns des autres. Et qu’une fois l’émotion passée, nous oublions trop vite.

Aujourd’hui, commémorer ne consiste pas seulement à déposer des fleurs ou à se souvenir de chiffres.
C’est accepter cette vérité douloureuse : notre mémoire est courte, notre fraternité fragile, et notre humanité trop souvent circonstancielle.

Pourtant, les victimes du 13 novembre, comme celles du 7 janvier, du 11 septembre, du 11 mars, du 7 juillet et de tant d’autres dates, méritent mieux que des hommages rituels. Elles méritent que nous apprenions, vraiment. Que la solidarité ne soit pas un éclair, mais une posture. Que le « vivre ensemble » ne soit pas une formule, mais une responsabilité.

Dix ans après, nous n’avons rien oublié de la nuit du 13 novembre.
Encore faut-il que nous n’oublions pas ce qu’elle aurait dû changer en nous.



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