Pourquoi la France n’est plus maîtresse de son argent
💶 Pourquoi la France n’est plus maîtresse de son argent
Et ce qu’il faudrait faire pour retrouver notre indépendance financière
Pendant des décennies, la France a su financer ses grands projets sans s’endetter auprès des banques privées. Après la guerre, c’est en puisant dans sa propre banque, la Banque de France, que l’État a rebâti le pays, créé la Sécurité sociale, construit des logements, des routes et des hôpitaux. Quand il manquait d’argent, il lui suffisait de demander à sa banque nationale d’en créer : c’était simple, souverain, et surtout sans intérêts.
Mais tout a changé en 1973 !
Cette année-là, une loi adoptée sous la présidence de Georges Pompidou (ex directeur de la banque Rothschild) a interdit à l’État de se financer directement auprès de la Banque de France. À partir de ce moment, pour combler ses déficits, la France a dû emprunter sur les marchés financiers, donc auprès de banques privées, en payant des intérêts. Ce qui paraissait une simple réforme technique a en réalité modifié en profondeur le fonctionnement du pays : l’État a cessé d’être son propre banquier.
Les conséquences ont été colossales. Depuis 1973, la France a versé plus de 1 400 milliards d’euros d’intérêts cumulés à ses créanciers. Aujourd’hui encore, chaque année, environ 50 milliards d’euros du budget de l’État partent uniquement au remboursement des intérêts de la dette. C’est de l’argent qui ne finance ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les retraites ....il sert juste à payer le coût de l’emprunt.
Au fil du temps, ce système a été verrouillé au niveau européen. Le Traité de Maastricht en 1992, puis celui de Lisbonne en 2007, ont confirmé l’interdiction faite aux États d’être financés par leur banque centrale. L’article 123 du traité européen est très clair : la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales ne peuvent prêter directement aux États. Autrement dit, même si la France votait demain une loi pour revenir à la situation d’avant 1973, elle serait immédiatement bloquée, car le droit européen est supérieur au droit français.
La France n’a donc plus la maîtrise de sa politique monétaire. Elle ne décide plus de la quantité d’argent en circulation ni du taux auquel elle peut emprunter. Ces décisions sont désormais prises à Francfort, par la BCE, dont la mission principale est de contrôler l’inflation, non de financer les États. La France doit donc, comme tous les autres pays de la zone euro, passer par les marchés financiers pour se financer et payer des intérêts sur sa propre dette.
Alors, que faire pour retrouver notre indépendance financière ?
En théorie, la France pourrait demander une modification des traités européens, pour rétablir le droit des États à se financer auprès de leur banque centrale. Mais une telle décision doit être adoptée à l’unanimité des vingt-sept pays membres. Or, des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Finlande sont farouchement opposés à toute création monétaire publique, qu’ils jugent dangereuse pour la stabilité de la monnaie. En pratique, une telle réforme serait donc bloquée avant même d’être discutée.
Une autre solution consisterait à créer une monnaie nationale parallèle, un “franc public” réservé aux investissements d’intérêt général, sans passer par les marchés. Ce serait une manière de contourner la contrainte européenne sans violer directement les traités. L’idée existe, certains économistes la défendent, mais elle supposerait une grande volonté politique et une organisation juridique complexe.
Reste la voie la plus radicale : sortir de la zone euro. En retrouvant le franc, la France reprendrait le contrôle total de sa Banque centrale, pourrait créer la monnaie nécessaire à ses besoins et ne plus payer d’intérêts à des créanciers privés. Mais ce choix, s’il redonnerait une indépendance financière, provoquerait une onde de choc économique majeure à court terme : dévaluation, inflation, tensions sur les marchés et réorganisation complète de l’économie. C’est pourquoi aucun grand parti politique n’ose sérieusement l’envisager.
En résumé, la France a perdu le pouvoir de battre sa propre monnaie. Elle ne peut plus, comme autrefois, financer directement ses dépenses sans s’endetter. Tant que les règles européennes resteront ce qu’elles sont, notre pays dépendra des marchés financiers pour vivre à crédit.
Retrouver notre indépendance financière exigerait une refonte profonde des traités européens ou le courage politique de s’en détacher. C’est un choix historique, qui pose une question simple mais fondamentale : voulons-nous continuer à payer chaque année des dizaines de milliards d’euros d’intérêts à des banques privées, ou voulons-nous redevenir maîtres de notre argent ?



