ET SI BADINTER S’ÉTAIT TROMPÉ ?
ET SI BADINTER S’ÉTAIT TROMPÉ ?
Aujourd'hui, Robert Badinter entre au Panthéon. La République rend hommage à celui qui, en 1981, fit voter l’abolition de la peine de mort, marquant ainsi un tournant historique pour la justice française. Avocat, garde des Sceaux, humaniste, Badinter a consacré sa vie à défendre la dignité humaine, convaincu qu’aucun crime, aussi atroce soit-il, ne justifie que l’État ôte la vie d’un homme.
Figure emblématique de la gauche humaniste et progressiste, proche de François Mitterrand dont il fut le ministre de la Justice, Robert Badinter incarnait une certaine idée de la France : celle d’un pays guidé par la raison, les droits de l’homme et la primauté de la conscience sur la vengeance. Il restera comme l’un des visages les plus respectés de la gauche morale du XXᵉ siècle.
Le Panthéon, perché sur la montagne Sainte-Geneviève, abrite ceux que la Nation juge immortels. Sur son fronton, cette devise :
« Aux grands hommes la patrie reconnaissante. »
Aux côtés de Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Jean Moulin, Simone Veil ou Marie Curie, Robert Badinter rejoint le cercle de celles et ceux qui ont fait progresser la conscience humaine. Un symbole fort, à l’image d’un homme droit, fidèle à ses convictions jusqu’à son dernier souffle.
Mais quarante-quatre ans après l’abolition, la question que Badinter croyait close refait surface. Les crimes contre les enfants, les actes de barbarie filmés, la récidive de meurtriers déjà condamnés, tout cela secoue nos certitudes. Face à l’horreur absolue, certains Français se demandent si l’humanisme doit encore avoir le dernier mot.
Et si, à force de compassion, la justice avait perdu son tranchant ?
Et si, par fidélité à un idéal, nous avions désarmé la société face au mal ?
Les défenseurs du rétablissement de la peine capitale dans certains cas extrêmes ne réclament pas le retour des échafauds. Ils demandent simplement que la sanction suprême reste possible lorsque l’innocence d’un enfant est anéantie. Pour eux, ce n’est pas de vengeance qu’il s’agit, mais de justice morale : une vie détruite mérite plus qu’une simple privation de liberté.
Et puis, il faut oser poser la question que beaucoup pensent tout bas :
et si la peur de mourir faisait réfléchir certains criminels avant de commettre l’irréparable ?
La crainte d’une sanction ultime, connue et implacable, n’aurait-elle pas dissuadé certains monstres de passer à l’acte ?
On ne le saura jamais — mais on ne peut pas non plus l’exclure.
Les opposants à cette idée rappelleront que la justice ne doit pas tuer pour prouver qu’elle vaut mieux que le crime. C’est vrai. Mais quelle justice protège réellement les innocents si elle ne fait plus peur aux coupables ?
Bien sûr, Robert Badinter refuserait cette logique. Il croyait en la dignité de chaque être humain, même du pire des criminels. Il pensait qu’en supprimant la peine de mort, la société s’élevait moralement. Et sans doute a-t-il eu raison pour son époque.
Mais les temps ont changé. Le mal, lui, ne recule pas.
Il progresse, se nourrit de nouvelles violences, se montre plus cruel, plus déshumanisé, plus spectaculaire.
Alors, oui, honorons Robert Badinter pour son courage et son combat.
Mais osons aussi nous poser la question qu’il ne voulait plus entendre :
et si, face à certains monstres, la clémence n’était plus une vertu, mais une faiblesse ?



