Nul n’est au-dessus des lois
Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, fut l’homme de la « tolérance zéro », celui qui promettait de « kärcheriser » la société. Ironie de l’histoire : c’est lui qui se retrouve aujourd’hui condamné pour association de malfaiteurs, après avoir déjà purgé quelques mois de peine sous bracelet électronique. Et ce n’est pas fini : d’autres jugements l’attendent encore.
Pourtant, au lieu d’accepter la décision et d’utiliser sereinement son droit d’appel, il choisit, avec ses avocats, de contester bruyamment la légitimité même de la justice. Les plaidoiries se poursuivent désormais devant les micros et les caméras, avec un discours calibré pour l’opinion publique : « erreur judiciaire », « justice politisée », « acharnement ». C’est une véritable campagne de diabolisation de l’institution, relayée par certains journalistes, qui laisse entendre que l’ensemble du système judiciaire serait corrompu et jugerait de façon arbitraire.
Mais comment croire à une telle caricature ? Pour juger un ancien président, il faut mobiliser des dizaines de personnes : des policiers qui enquêtent, des magistrats qui instruisent, des juges qui délibèrent, des procureurs qui portent l’accusation, des greffiers qui consignent chaque étape. Tous corrompus ? Tous complices ? Non. Ces procès sont l’aboutissement de plus de dix ans de travail méticuleux et contradictoire, où chaque argument a pu être entendu et contesté.
Et rappelons-le : Nicolas Sarkozy n’a pas été condamné pour un excès de vitesse, où l’on pourrait toujours estimer que le radar était mal réglé. Non : il a été jugé pour des faits graves, association de malfaiteurs, qui touchent au cœur de la démocratie et à la confiance que les citoyens doivent avoir en leurs institutions. L’idée n’est pas de « tirer sur l’ambulance », mais à un moment, il faut accepter de payer le prix de ses erreurs.
Certes, certains peuvent regretter la sévérité de l’exécution provisoire : il est peu probable qu’un ancien président cherche à fuir. Mais il faut se souvenir de ce qui s’est passé pendant des décennies : des procès interminables, des condamnations jamais appliquées, des avocats multipliant les recours pour gagner du temps. Charles Pasqua, ami proche de Nicolas Sarkozy, en est l’exemple emblématique : condamné notamment dans l’affaire de la Sofremi, poursuivi dans plusieurs autres dossiers, il a vu ses affaires traîner si longtemps qu’il est mort sans avoir exécuté une seule peine ferme. La fermeté d’aujourd’hui est la réponse à l’impunité d’hier.
D’autres, pour minimiser ces affaires, avancent un argument trompeur : « les vrais criminels restent dehors alors que les politiques vont en prison ». C’est faux. Les dealers et les trafiquants sont régulièrement condamnés, souvent incarcérés, mais ces affaires ne font pas la une car elles sont trop nombreuses et banales. En revanche, un ancien président condamné attire forcément les projecteurs : il y a beaucoup moins de présidents corrompus que de trafiquants de drogue, et chaque condamnation politique devient un événement national. La différence est dans le bruit médiatique, pas dans l’application de la loi.
Et que dire de Claude Guéant et Brice Hortefeux, proches de Sarkozy, eux aussi lourdement condamnés ? La différence, c’est qu’ils ont assumé. Ils n’ont pas crié au complot, ils n’ont pas accusé la justice d’être politisée. Voilà ce qu’on attend d’hommes publics responsables : accepter le verdict d’un tribunal, même sévère, et respecter l’institution.
Ce qui est affolant, c’est que désormais, la vox populi se met à juger la justice. Mais soyons sérieux : ce n’est pas un jeu, ce n’est pas un acharnement sur les réseaux sociaux, c’est la justice de notre pays qu’un ancien président condamné tente de salir. Après avoir sali la fonction présidentielle, sali l’image de la France, il salit maintenant les électeurs qui ont cru en lui. À un moment, il faut arrêter.
La mode est au complot. Mais soyons logiques : si vraiment il y avait un complot, à qui profiterait le crime ? Nicolas Sarkozy n’est plus élu, sa condamnation ne libère aucun siège, ne profite à aucun rival. Elle ne profite qu’à une seule chose : à l’idée que, désormais, la loi s’applique à tous. D’ailleurs, lorsque Jérôme Cahuzac, ministre socialiste du Budget, a été condamné pour fraude fiscale, personne n’a parlé de complot. Pourquoi ce qui vaudrait pour un ministre de gauche ne vaudrait-il pas pour un ancien président de droite ?
Les électeurs, eux, en ont assez. Assez des magouilles, des petits arrangements entre amis, des élus qui profitent de leur fonction comme d’un privilège. Ils veulent une justice ferme, rapide et équitable. Et quoi de plus normal d’être ferme avec celui qui, hier, prônait la tolérance zéro ? La rigueur qu’il exigeait des autres, la justice l’applique désormais à lui-même.
Non, ce n’est pas une chasse aux sorcières. Non, ce n’est pas un complot. C’est simplement la loi. Et la démocratie repose sur une idée simple : qu’on porte une capuche ou un costume, la justice s’applique à tous.
Notre démarche locale vise à rassembler les droites dans un esprit constructif. Mais être de droite ne signifie pas fermer les yeux sur les fautes commises dans notre propre camp. La crédibilité et la confiance des citoyens passent d’abord par la lucidité et par l’exigence envers nous-mêmes.
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